Hotel a insecte

Étape 11: Santiago-Casa colorida (communauté)

5 juillet: Nous sommes arrivés à la casa Colorida depuis un peu plus d’un mois maintenant. Fernandel était boiteux quand on est arrivé. Les nombreuses montées et descentes que nous avons franchies avant d’arriver là lui ont coûté un déchirement du muscle de son épaule. Maintenant après une bonne convalescence il est prêt à reprendre la route et nous aussi!

L’arrivée: Nous ne sommes finalement pas passés par le village anciennement abandonné et maintenant retapé car personne n’y vit à temps plein et notre arrivée ne correspondait pas avec un chantier sur les lieux où une autre activité de ce genre. À la sortie de Santiago (pensant encore passer par ce village) nous avons pris le « Camino de la Plata » en sens inverse… Quelle galère! Dans l’autre sens, rien n’est simple! On doit faire preuve de logique, mais même avec logique on s’est trompé de route plusieurs fois. Notre astuce était alors de demander à presque toutes les personnes que nous croisions sur notre chemin: « d’où les pèlerins arrivent-ils? ». Entre les personnes qui savent et celles qui ne veulent pas montrer qu’elles ne savent pas la différence n’est pas flagrante au premier abord, ça nous a donc couté des rallonges, des détours, des chemins qui n’aboutissent à rien… Bref, le chemin c’est plus facile de le prendre dans le sens du courant. Le contre-courant fatigue beaucoup et les animaux n’appréciaient pas tellement non plus. Surtout Fernandel qui a HORREUR de faire demi-tour!
C’est une trentaine de kilomètres plus tard (pour nous deux jours de marche) que nous nous sommes rendu compte que nous n’arriverons jamais à temps au village où nous devions aller: la route étant en pleine montagne et le chemin équivoque. Nous ne pouvions pas demander aux animaux un tel effort et nous stresser pour quelques jours à peine de chantier collectif… Dommage!
Nous avons donc soufflé et pris une décision plus raisonnable: Rejoindre le « Camino portugues » et le prendre lui aussi en sens inverse pour arriver à notre prochaine destination: La Casa Colorida. La route a été meilleure et plus facile étant donné que certains pèlerins après être arrivé à Santiago se rendent à Fatima situé aux alentours de Lisbonne. Donc des flèches (bleus cette fois) nous indiquent relativement bien la route à suivre et ça c’est nous enlève un gros poids! Merci à ceux qui ont marqué cette route!
Nous avons bien marché et retrouvé des paysages côtiers. Nous avons peu à peu avancé dans les chaleurs estivales du Portugal qui nous guettait de loin. Quelques chemins mais surtout du bitume nous ont fait passer par de petites villes entre campagne et industrialisation. Découvrant ainsi les différents visages de la Galice que nous commençons désormais à bien connaître.
Peu d’accidents sur ce parcours. Quelques-uns cependant notables. D’abord le sprint sur 1k et demi de Fernandel baté et chargé auquel j’avais par mégarde attaché mon sac de rando… Lorsqu’on fait une courte halte j’ai l’habitude d’attacher Bayat à mon sac à dos au cas où il renifle dans les environs un chevreuil à aller courser pendant plusieurs heures (comme il nous l’a fait plusieurs fois). Là avec la fatigue, je me suis trompé et ais attaché le Fernouil à mon sac. Il s’est déplacé un peu et a remarqué que quelque chose le suivait en faisant du bruit. Il a donc prit peur et a trainé mon sac sur une distance relativement longue. Apeuré, il a ainsi passé différents obstacles auxquels je pense il n’a même pas fait attention obnubilé par la nécessité de semer au plus vite la chose bleue effrayante qui l’avait pris en chasse. Il a ainsi traversé entre autres une voie ferrée et une petite rivière laissant derrière lui un nuage de poussière qui m’a permis de suivre la direction qu’il avait prise. Les pèlerins avaient l’air éberlué. En me voyant arriver à toutes jambes ils m’indiquaient par où était passé notre équidé en furie l’air encore sous le choc d’avoir vu une grosse bête arriver droit sur eux les yeux pleins de terreur. Bayat me voyant partir à toute allure s’est lancé à ma poursuite et Gladisse a quant à elle suivie le mouvement en courant après Bayat! Arthur n’a pas compris dessuite ce qui se passait et s’est chargé de ramasser les affaires éjectées sur la route. Le spectacle vu de l’extérieur devait être surprenant voire même comique. Inutile de dire que pour nous ce n’était pas le cas surtout lorsque nous avons vu la voie ferrée et entendu les bruits de voitures et des sirènes de police au loin. Heureusement le Fernandel a fini par s’arrêter, épuisé mais hors de danger. Je l’ai rassuré et nous sommes revenu tranquillement jusqu’au reste des affaires. Fernandel et moi à part l’épuisement n’avions pas de séquelles, ce qui n’était pas le cas de mon sac que j’ai retrouvé en piteux état… Mais ça, c’est le moins important.
Le deuxième accident est arrivé donc dans ces montées et descentes à répétition sur du bitume bien chaud qui ont constitué notre lot commun avant l’arrivée. Fernandel a glissé dans une descente et s’est déchiré le muscle de l’épaule qui avait dû être fragilisé par la course du sac quelques jours avant. C’est donc avec un membre boiteux que notre famille est arrivé dans le collectif Casa Colorida.

La Casa Colorida: C’est dans la petite ville côtière de Nigran il y a quelques années qu’a vu le jour le projet de la Casa colorida. Il s’agit d’une maison collective ouverte dans un ancien hôtel-restaurant de la ville et en accord avec le mouvement social du 15 M. Cet ancien hôtel appartient à la famille de la principale fondatrice du lieu, il ne s’agit donc pas d’une occupation de bâtiment à proprement parler bien que les activités et la manière de gérer la maison soient très similaires.
Il y a des résidents permanents qui ont chacun une fonction précise (notamment en communication, mise en place et gestion des réseaux, gestion des résidents temporaires, gestion des comptes, etc.). Ces résidents permanents sont: Rossana (originaire de l’Uruguay c’est une adorable militante qui accueil si chaleureusement les résidents temporaires et s’occupe de la communication notamment sur le réseau social facebook, elle est aussi réflexologue, elle danse, elle chante, fait le clown, c’est le rayon de soleil de la maison); Sil (qui est la fondatrice principale de la casa, elle aussi a toujours un beau sourire aux lèvres, elle cuisine très bien et nous fait partager sa culture galicienne dont elle est si fière, c’est une artiste plasticienne qui se consacre en particulier à la sculpture; c’est elle qui a le plus d’expérience en ce qui concerne la vie collective, c’est une activiste qui dispose de nombreux outils et méthodes pour par exemple régler des conflits ou dynamiser des assemblées participatives); Sauko (qui est lui aussi un activiste de longue date, ancien publicitaire il mène parfaitement le front de la communication et de l’économie sociale et est un très bon photographe, il chante lui aussi et joue de la guitare et de la percussion) et enfin Léo (qui est un Brésilien faisant parti du très grand réseau brésilien « Fora do Eixo » qui regroupe envrion 200 maisons colletives dans tout le Brésil. Pour en savoir plus sur ce réseaux: Fora do Eixo Il apporte ici son expérience de là-bas et vient de rejoindre il y a peu la maison).
La Casa est aussi une résidence artistique qui voit donc circuler un grand nombre d’artistes (peintres, sculpteurs, musiciens, troupes de théâtre…).
Une scène ouverte est organisée tous les dimanches à l’occasion du « Vermù colorido » et nous avons ainsi assisté à nombreuses représentations, concerts, pièces de théâtre, etc. Un « comedor popular » ouvre les repas tous les jours à ceux qui veulent manger à la Colorida cela permet à tous ceux qui sont dans le besoin ou qui veulent simplement passer un moment convivial de manger avec les résidents.

À 50m se trouve la « horta colorida » où travaillent les volontaires (comme nous) que nous avons trouvé à notre arrivée dans un état de tout commencement et qui peu à peu se transforme en joli potager qui n’arrête pas de croître et de s’améliorer de jour en jour. C’est notamment le fruit du travail de deux wwoffers français Lilian et Julie déjà présents à notre arrivée (et qui sont désormais nos amis) ainsi que du notre et de tous ceux passés par là plus brièvement. Arthur a vraiment été un moteur dans la transformation de la structure architecturale du jardin car il a pris en main l’agencement des buttes déjà existantes, fabriqué un escalier en palettes pour entrer dans le jardin (que qui n’est pas rien!), construit une structure en bambou pour faire un espace de repos à l’ombre où il a aussi construit un banc en palettes. Il a aussi réalisé (avec Lilian) un plan du jardin notamment de l’arrière qui n’était à notre arrivée qu’un terrain abandonné et envahi par les fougères et les herbes hautes.
Nous avons construit un hôtel à insectes afin que ces petits auxiliaires viennent nous aider dans notre travail. Nous avons donc complétement transformé ce jardin. Les passants nous en félicitent tous les jours. Beaucoup d’anciens sont ravis de voir tout un tas de jeunes gens travailler la terre avec autant d’énergie et nombreux sont ceux qui voudraient acheter nos produits. L’objectif de ce jardin est qu’il devienne un lieu d’échanges où tous ceux qui le souhaitent pourront venir y mettre leurs pattes.

Le fonctionnement et le but de la Casa colorida sont basés sur 4 piliers fondamentaux que sont:

La communication: elle passe avant tout par le réseau Imaxinaria qui fait le lien sur les différentes activités de la Casa avec les autres projets collectifs de la région. Il regroupe différents documents et notamment un que nous avons beaucoup utilisé pour le jardin: le tableau sur les différentes activités, travaux, projets de la Horta colorida. La communication passe aussi par les réseaux sociaux en particulier Facebook et les échanges courriel avec les futurs arrivants. La communication prend aussi une forme beaucoup plus concrète par un simple tableau d’affichage à l’extérieur de la maison.
L’économie alternative: deux systèmes sont principalement inclus dans ce pilier. Un système très local et interne à la maison sans être cependant fermé. Il s’agit du Patacom: une monnaie sociale qui permet à tous d’échanger des services et d’avoir accès à tout ce que propose la maison. Ainsi n’importe qui peut venir prendre des cours de capoeira le jeudi soir ou de réflexologie. Même les fruiteries qui font donation des invendus à la Colorida se voient rémunérer en Patacom et peuvent ainsi entrer dans le système de monnaie sociale.
L’autre système est une monnaie qui commence à prendre de plus en plus d’ampleur au niveau international et qui est le Faircoin. C’est une monnaie digitalisée, même principe de fonctionnement que le Bitcoin avec quelques différences notables cependant. La principale différence est qu’elle ne peut être produite qu’au travers d’une activité éthique et donc contrôlée. D’autre part elle sera bloquée une fois qu’elle aura atteint un certain seuil afin qu’elle ne puisse pas faire l’objet de spéculation et qu’elle soit ainsi stable. Pour en savoir plus: FairCoop
-Les réseaux: basés sur l’éthique Hacker et les connexions horizontales la formation en réseaux est indispensable à la réussite d’un projet collectif. La Colorida est donc intégrée dans des réseaux très locaux mais aussi des réseaux plus globaux (connexion avec les réseaux brésiliens, portugais, etc.) de collectifs. Elle vise à une transparence totale des outils méthodologiques et des activités réalisées. A la Colorida ils se matérialisent notament par un grand tableau d’affichage avec la liste des activités à venir, le nom des réseaux qui en sont à l’origine, etc. Les réseaux sont nombreux, pour en savoir plus: Redes
– Enfin: les savoirs libérés ou université libre qui permettent l’échange gratuit des savoirs de chacun sous forme d’atelier, de cours, de conférence, de débats ou groupes de discussions organisés de manière formelle ou non, autour de différents thèmes et ouverts à tous. Le principe est l’échange, le partage et la libération du savoir. J’ai ainsi proposé différentes de mes connaissances pour organiser des ateliers. Un premier atelier/conférence sur l’initiation à la botanique et à la phytothérapie. Un autre plus pratique pour apprendre à faire un super dentifrice écologique à l’argile blanche. Puis il y a quelques jours sur la fabrication d’un savon au jus de carotte (mon grand classique!). Nous avons aussi participé à un super atelier pratique de réflexologie avec Rossana, des cours de capoeira avec Pablo, je me suis initiée à la guitare avec Lilian, Arthur au violon avec Juanpi, il a rencontré des professionnels de la structure en bambou, j’ai fait une initiation à la langue portugaise avec Léo (que j’ai troqué contre une tisane et un conseil en phyto), Arthur a eu des cours particuliers sur l’utilisation d’un logiciel de montage de vidéo, et nous avons assisté à plusieurs conférences/débats sur les réseaux et la monnaie éthique FairCoop. Nous avons donc acquis une quantité incroyable de connaissance. Moi je me suis réconcilié avec les systèmes informatisés et virtuels qui peuvent apporter énormément à un collectif. Ce séjour nous a ouvert sur beaucoup de sujets et nous a permis d’entrevoir la réalisation fonctionnelle d’une « utopie ».
Merci la Colorida! Vous allez tous beaucoup nous manquer!

Nous repartons demain en compagnie de notre ami P-A qui nous a rejoint il y a quelques jours à la Colorida et qui va faire une semaine de marche avec nous ayant lui aussi réalisé le chemin de Santiago en partant de Toulouse (mais lui en 2 mois de marche!). En plus d’ètre notre ami il est le web master qui a créé notre joli blog et nous sommes très contents de repartir en sa compagnie!

Nous préparons petit à petit le retour définitif pour la France qui ne se fera pas à pied étant donné qu’il nous faudrait un an de plus pour le retour. De plus, l’été dans le sud commence à faire disparaitre toute la nourriture pour les animaux et il est temps de se mettre à nos propres projets! Nous serons donc de retour pour la fin août si tout va bien et nous rapatrierons toute la petite famille vers l’Auvergne. Mais pour l’instant nous mettons le cap sur le Portugal où nous sommes vraiment très prêts, pour nous rendre dans une autre utopie « l’éco-aldea végétariana ». Nous allons donc nous charger de chacuns de nos pas qui serots les derniers de ce long chemin qui a changé notre vie et qui n’a pas encore fini de nous surprendre!

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