Belle récolte!

ÉTAPE 13: ECOALDEA ESPIRAL-ARNOIA (PRODUCTEURS DE PAM)

Nous avons donc quitté l’écoaldea contents comme toujours de revenir à notre rythme de nomades mais dans un état d’esprit un peu différent. C’est en effet les derniers pas que nous réalisions… Les dernières montagnes à franchir, les derniers moments avec nos animaux comme compagnons de marche, les derniers obstacles, derniers campements. Derniers en tout cas pour ce voyage-là. Parce que cette expérience nous la réitérerons sans aucun doute. L’appel de la route se fera bientôt sentir, on en est persuadé.

REMERCIER

Nous avons profité de cette dernière étape pour remercier. Remercier tout et chaque chose. Du brin d’herbe qui avait nourri nos animaux ou accueilli notre couche au nuage qui nous a mainte fois protégé du soleil ou fait venir la pluie quelle que fut la manière dont on l’a accueilli.
Nous avons remercié chaque personne que nous avons croisée. Chaque individu quelque soit ce qu’il nous a apporté. Qu’il nous ait donné un logement pour la nuit, un peu de foin pour nos animaux, de quoi boire ou manger, donné un sourire, un rire, raconté sa vie en marchant un peu a nos côtés, son enfance, ses larmes d’émotion, de joie, sa colère parfois ou même son dédain. Car au fond tout cela nous a formés, forgés à ce que l’on est devenu. Nous avons remercié ceux qui ont pris un peu de leur temps pour s’arrêter un moment dans leur vie, pour nous encourager, nous décourager, nous photographier, nous courir après, appeler leur mère, sœur, grand-mère, tante, petit-fils, afin de voir ensemble le spectacle de cette étrange famille qui voyage avec sa drôle de caravane. Certains n’ont pas communiqué mais ont juste ralenti leur voiture pour ne pas effrayer les animaux, nous effrayer ou nous mettre en danger. Ceux qui n’ont pas ralenti, on les a aussi remerciés, après tout…
Nous avons remercié les arbres pour nous avoir eux aussi accueilli chez eux pour dormir, siester, attendre que la pluie se calme, manger un de leurs fruit, accroché notre bâche a une de leurs branche ou prêté leurs feuilles pour aller au petit coin ou faire la vaisselle. Merci aux plantes de nous avoir nourri et alimenté tout au long du chemin, merci à elles d’être ce qu’elles sont et de nous avoir étonné sans cesse de là où elles pouvaient pousser comme quoi la vie peut tout et la volonté est en chaque chose. Merci aux nombreux animaux croisé en chemin, aux chiens, aux chats, aux chevreuils, sangliers, chevaux, vaches, brebis, oiseaux merveilleux, poissons, insectes en tous genres, limaces du matin se glissant dans nos chaussures, ânes voisins faisant crier le nôtre toute la nuit nous empêchant ainsi de fermer l’œil, cigognes magnifiques, salamandres colorées, moustiques, mouches troubleuses de sommeils diurnes, lapins, renards compagnons silencieux solitaire et intrigant, loups rôdeurs nocturnes que l’on savait proches et qui nous ont tenu des nuits durant en alerte.
Nous avons remercié tous les éléments. Le feu bien sûr qui nous a réchauffés, permis de cuire nos aliments mais surtout feu du soleil qui nous a chauffé le corps et l’esprit. Soleil qui nous a parfois joué des tours et souvent fatigués mais qui était là, brillant, merveilleux, qui nous donnait la notion du temps et de l’espace, qui nous séchait lorsque la pluie avait frappé fort. Nous avons remercié l’eau, l’eau vivifiante, vitale, et si importante à tout moment. Cette eau qui a dirigée une grande part de notre chemin, nos points d’arrêt, notre état de propreté (ou de saleté) l’état des animaux, c’est elle qui décidait du menu, du brossage de dent du matin (ou non) des heures de marche à faire dans la journée, des journées de poses que l’on pouvait s’accorder.
Nous avons remercié l’air joyeux parfois violent, qui accompagné de pluie pouvait ralentir nos pas ou les accélérer. L’air changeant qui porte en lui l’odeur de ce qui nous entoure. Cet air qui fait chanter l’eucalyptus la nuit, qui fait claquer la bâche, qui nous sèche ou peut briser notre vulnérable tente. L’air duquel on se protège, ou que l’on cherche après un gros effort.
Merci enfin à la terre, celle qui nous a portés, qui a fait raisonner nos pas, que l’on était tellement heureux de retrouver après un passage bitumeux. La terre qui a nettoyé notre âne qui prenait à chaque pose un plaisir fou à s’en couvrir. Mais nettoyer notre âme aussi. Cette terre qui est la base du voyage, la flouer, la comprendre, la travailler, la sentir, la protéger, l’aimer, la servir.
Merci enfin a la vie, à notre étoile, notre ange, ou peu importe son nom. Merci de ta présence, d’avoir été là, d’avoir écouté nos prières, de nous avoir mis là où nous devions être, d’avoir récompensé systématiquement nos efforts, de nous avoir consolé dans nos doutes, nos peur, nos pleurs, nos joies, nos bonheurs. Pour tout cela MERCI.

ARNOIA
Chaque pas était donc important et le dernier jour nous avons pris une mauvaise route comme si la route elle-même ne voulait pas nous quitter. C’est grâce à trois dames Portugaises qui nous ont pris en pitié que nous avons finalement fini par trouver. Après nous avoir dit à plusieurs reprises qu’il ne fallait pas faire ça: partir à pied quelle idée, vous allez avoir des problèmes! on leur a bien expliqué que c’est la fin du voyage et qu’après quinze mois de marche vous savez mesdames, se tromper de routes n’est pas vraiment un problème… Enfin toujours est-il que c’est avec la bonne humeur de ces charmantes portugaises que nous sommes finalement arrivé sur la bonne route et à notre ultime étape.

Ce fut une brève expérience, de plus Arthur est vite parti pour aller en France récupérer la voiture, louer une remorque pour ramener toute la petite famille en engin motorisé. Oui oui, ceux que nous avions jusque-là évités!
Dans ces montagnes portugaises, desquelles nous pouvions voir la pyramide qui ne nous a pas quittés depuis quelque temps (nous la voyions de l’autre côté cette fois), il y a une productrice de plantes aromatiques, médicinales et de fleurs comestibles. C’est Isabelle. Le peu de temps resté sur les lieux et son planning chargé ont fait que nous n’avons malheureusement pas pu la connaitre comme nous aurions aimé le faire. Les échanges que j’ai eus avec elle ont été cependant très profond et c’est une personne très forte avec une belle énergie, jusqu’au-boutiste et touche-à-tout. Elle est copropriétaire d’un terrain où elle cultive notamment la lavande et la rose qu’elle distille ensuite. Elle produit donc de l’huile essentielle de lavande (et hydrolat) et de l’hydrolat de rose. Elle vend dans les restaurants des fleurs comestibles. Elle a une vie chargée et compliquée qui fait qu’elle ne peut pas tout gérer dans sa ferme qui tourne grâce aux volontaires qui sont heureusement nombreux. Nous avons rencontré sur place des personnes supers avec qui nous avons passé de très bons moments. J’ai été ravie de pouvoir m’essayer à la distillation et Herbert un des volontaires les plus anciens sur les lieux m’a dit n’avoir jamais vu quelqu’un d’aussi enthousiaste à l’idée de passer 4 longues heures à surveiller le feu et changer les bouteilles d’hydrolat! Là-bas nous avons aussi assisté de très près à un incendie qui se dirigeait droit vers la ferme dont beaucoup de bâtiments étaient en bois… Nous avons mis les animaux à l’abri et les pompiers ont réalisé un travail de maitre en mettant fin à ce qui aurait vite pu devenir un drame.

Au bout des 6 jours Arthur est revenu avec notre carrosse.On a dû se faire à cette idée et nous ne pouvions pas rentrer à pieds vus les conditions que ça aurait dû être pour les animaux. La nourriture se faisait rare et financièrement nous n’aurions pas pu tenir beaucoup plus. Mais plus de 1700 km est décidément une belle prouesse que nous sommes très fiers d’avoir réalisé et magnifiquement accompagnés en plus!

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