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Étape 14: Cérémonie Ayahuasca et fin du voyage …

Je pars à 5h du matin, je descends à pied la montagne pendant 1h15 pour aller prendre un bus qui ne sera pas au rendez-vous. Après m’être arrangé avec un autre chauffeur , 3 changements et 2h15 de route, j’arrive enfin a Porto. Il me faudra faire encore une heure de métro pour arriver à l’aéroport. Je prends l’avion (non sans trac, cela faisait 20 ans que je ne l’avais pas pris) et je survole notre périple de 15 mois en 1h30.. Wow.. J’arrive à Toulouse, les parents d’Adeline m’accueillent et m’ont amené notre voiture. Je dois encore aller chercher la remorque à 1 heure d’ici et la ramener chez eux où je passerai la nuit. Je n’ai pas condui depuis loooongtemps et chargé d’une remorque après 12h de voyage intensif ça fait drôle..

Je dors 4 heures et repars avec la remorque direction Portugal ! Après 14h de route et 1200 km parcourus j’arrive à destination, il nous faut encore préparer la remorque pour le voyage des animaux , ranger notre campement et tout charger. Nous passons notre dernière soirée avec nos amis chez Isabelle puis nous tombons de fatigue, c’est notre dernière nuit dans la tente ! Le lendemain nous partons tôt, nous avons la chance de voir Isabelle avant notre départ. Nous prenons la route, Adeline fait quelques centaines de mètres de chemin dans la remorque avec les animaux pour les rassurer.

Cela nous a fait une étrange sensation de prendre un véhicule. Notre arrivée en Navarre était prévu pour le 14 août date du début de la cérémonie Ayahuasca. Se dire qu’en deux jours nous allions parcourir ce qui nous avait pris près d’un an était un peu décalé avec notre réalité. Nous avons bien expliqué à nos compagnons quadrupèdes ce qui allait se passer. Bayat était déjà habitué à la voiture, il avait de plus une place de luxe à l’arrière alors que les deux compères étaient dans la remorque sans nous. Notre Fernandel est si petit que nous avons dû l’attacher par le bât de tout côté afin qu’il ne bouge pas trop dans tous les sens, la petite Gladisse quant à elle pouvait s’allonger tranquillement dans le foin que nous avions coupé avant de partir. Assise dans son assiette, tout ce qu’elle aime!

Nous sommes repassés par de nombreux endroits que nous avions déjà traversés à l’aller et durant lequel nous avions pesté contre cette autoroute bruyante et dévoreuse de paysage. Et bien nous l’empruntions à présent et les semaines passées nous les avalons maintenant en quelques dizaines de minutes… Ha lala, le monde et ses contradictions! C’était un peu comme une remise en mémoire, comme si nous parcourions les pages de notre carnet voyage, un mélange de joie et de nostalgie.. Nous nous sommes arrêté sur la plage Asturienne du village de ma grand mère pour y passer la nuit. Les animaux ont fait bonne route. Nous profitons de ces derniers instants, chaque seconde est dégustée. Au petit matin, après une dernière baignade, dernier contact avec l’Eau-céan, longue méditation dans ce lieu sauvage , espace clef de notre voyage, nous repartons direction le pays basque !

Nous reprenons la lecture de notre carnet de voyage puis nous nous écartons dans la montagne pour y réécrire les dernières pages. Nous grimpons, nous grimpons et au fur à mesure la vue s’ouvre. Nous renouons donc avec les vastes paysages, les petites routes et le charmes du monde rural. Nous arrivons enfin à « Salinas de Oros ». Nous trouvons la maison où se déroule la cérémonie, nous rencontrons les convives mais apparemment l’espace pour les animaux n’a pas été prévu alors que c’est bien une des premières choses que nous avions précisé. Je pars donc dans le village demandant aux voisins qui pourrait nous prêter un champs pour le week-end.. après deux ou trois rencontres on m’a indiqué l’unique petit bar du village. J’explique la situation, le voyage etc… Le barman un grand basque comme on peut se l’imaginer me regarde avec de grand yeux! Il reste un peu bouche bée.. Lorsqu’un jeune d’une trentaine d’année , comprenant la situation, me prend par l’épaule et m’emmène dehors avec entrain « met les là tes animaux ! C’est à personne et à tout le monde ici ! Ils ne craindront rien !  » et il me montre une place d’herbe de l’autre côté de la route qui sert de parking pour certain.. C’est parfait ! Je suis rassuré, la cérémonie peut enfin commencer..

Nous faisons tous connaissance, nous sommes une quinzaine. Nous sommes accompagnés par César qui a été initié en Colombie pendant de nombreuses années ainsi qu’une facilitante – psychothérapeute, Laura, qui elle aussi a été initiée et possède une formation spéciale pour l’intégration de telles expérience. Je vais m’efforcer d’insister sur le fait que cette cérémonie est une thérapie complète , très profonde et que les mots ne suffiront pas à la décrire. Elle n’a rien à voir avec quelque chose de récréatif. C’est une médecine à tous les niveaux de l’être, un enseignement direct avec la plante, son usage se fait depuis la nuit des temps. Bien que mes mots peuvent vous paraître farfelus, sachez que j’ai bien les pieds sur Terre et qu’il est difficile de transmettre une expérience chamanique. Je vous invite donc à vous renseigner sur le sujet afin de compléter mes propos tout en sachant que seul l’expérimentation personnelle pourra vous conduire là où nous avons été conduits. Je vais donc vous décrire les différentes étapes de la cérémonies avec certains effets cependant l’ensemble de nos visions ne sera transmit que dans notre carnet de voyage.

L’Ayahuasca a été découvert par les guérisseurs dans la jungle Amazonienne il y a des milliers d’années. Il s’agit d’un breuvage élaboré en combinant deux plantes , Ayahuasca et Chacruna, qui dans l’eau bouillante, se transforment en un «thé» ou un sirop à la consistance de miel. Les propriétés visionnaires et curatives de ce remède ont donné à la plante le titre de «maître », car elle enseigne, démontre, clarifie, et le titre de «pouvoir », car elle nettoie, soigne et libère. Pendant des siècles, les indigènes l’ont utilisée pour conserver un état de pleine santé et en prévention des maladies. Ils en prennent toutes les semaines ou tous les 14 jours pour maintenir leur état de bien-être physique. Ce remède est également utilisé pour élargir la conscience qui conduit à une connaissance très précise de la vie, la nature et l’existence, et aide aussi à prendre les décisions du quotidien.

La cérémonie commence à 20h. l’atelier de préparation commence en ciblant la désactivation des mécanismes inconscients qui bloquent fréquemment l’accès à une expérience fluide et relâchée. chacun exprime ses motivations. César le maitre de cérémonie, nous présente l’association, son rapport avec la liane Ayahuasca cultivée en Colombie et sa préparation avec les guérisseurs locaux, la manière dont elle agit, le travail et la récolte sont difficiles et prennent des jours et des nuits entières. Ils nous explique qu’il y a différentes écoles traditionnelles. César nous montre les techniques qui mettent à l’aise pour vomir, car comme je vous l’ai dit, l’Ayahuasca n’est pas une drogue récréative, c’est une médecine qui sert en premier lieu à évacuer les nœuds et les toxines qui empêchent de recevoir la vision.

Il est plus de 21h tout le monde fatigue et attend depuis longtemps. César nous donne une macération très amère à mettre derrière les dents,  » l’ampi « , mélange de tabac, sauge et cendre de volcan entre autre, qui va relaxer le cœur et ensuite le  » rampé » , une préparation à peu près similaire mais poudreuse qu’il nous insuffle dans les narines à l’aide d’une paille, cette préparation sert à détendre l’esprit. Nous nous assoyons , chacun son espace mais tous ensemble, la cérémonie se déroule les yeux fermé afin de favoriser l’introspection car celui qui regarde dehors s’échappe, alors que le temps est à l’intériorité.. Nous méditons en attendant l’Ayahuasca afin de nous préparer totalement et nous ouvrir pleinement à cette expérience.

Les effets des préparations se font sentir et nous buvons enfin la macération. Ce soir, c’est la session de « découverte avec la plante ». Il y a différentes possibilités, il y en a qui ne prennent rien, ou alors une prise, avec la possibilité d’un renfort par la suite ou alors encore deux prises. Nous commençons par une prise.. Les effets se font sentir au bout d’une demi-heure et tout va aller très vite, je me rappelle avoir été surpris par la ressemblance extraordinaire avec les documentaires que j’avais déjà vu sur le sujet et les reconstitutions des visions qui étaient faites.

J’ai ressenti le travail commencer, la présence me parcourir, m’attraper l’intérieur du ventre et me faire vomir les impuretés qu’elles soient physiques, émotionnelles ou au-delà. Puis le voyage a commencé, formes, géométrie, fractales, couleurs, soin énergétique, communication avec l’esprit de la plante , enseignements, visions vécues, onctions, serpent à plume, aigle multicolore, cabane de bambou, Amazonie, Vie, Nature, etc.. Au moment du renfort, mon corps me dit stop, je suis courbaturé des vomissements et des nombreux aller-retour aux toilettes pour les diarrhées, c’est comme si j’étais en plein mal de mer et que l’on me proposait de faire du grand 8 .. Mais l’esprit lui veut se connaître alors je surmonte et prend le renfort, dans toute introspection il y a quelque chose de guerrier.

En fonction des besoins de chacun, le facilitateur déterminera la dose requise. La dose souhaitée par le participant est prise en considération par le facilitateur en charge, mais ne sera pas décisive. Certaines personnes qui prennent part aux retraites ne reçoivent pas d’Ayahuasca pour des raisons spécifiques – c’est le facilitateur en charge qui en prend la décision – ce qui n’empêche pas ces personnes de participer aux sessions. Il n’est pas nécessaire de prendre les doses minimales pour participer. L’important dans ces retraites n’est pas la “prise d’Ayahuasca” mais le processus psychothérapeutique qui s’en suit.

J’attends que cela remonte mais je vais rester entre deux eaux, je suis trop fatigué pour partir et je suis trop barbouillé pour dormir alors je flotte entre deux mondes lorsqu’Adeline me réveil pour m’annoncer que l’on va clôturer la séance. César passe auprès de chacun de nous avec de l’encens et des bouquets de sauge tout en aspergeant d’une eau florale préparée et odorante. Il nous a chanté l’Amazonie et nous y étions en plein cœur maintes et maintes fois.

Le lendemain je me lève assez tôt, je pars voir les animaux, ils vont très bien, je me remets de cette expérience extraordinaire, intègre les enseignements qui m’ont été donné, je retourne dans la maison et commence à discuter avec les autres et je m’aperçois que j’ai eu de la chance car pour la plupart cela a été moins intense et même pour certain, il ne s’est rien passé, comment est ce possible?… Je comprends donc que nous ne sommes pas égaux face à la vision et qu’un certain état est nécessaire. Cette notion va se développer par la suite. « Le professeur ouvre une porte mais c’est à l’élève de la franchir ».

Nous prenons le petit déjeuner puis nous attaquons l’atelier d’intégration thérapeutique. Chaque participant raconte son expérience pendant que le facilitateur pose une série de questions qui généreront des réponses pouvant s’appliquer de manière pratique dans la vie quotidienne. Notre facilitateur, Laura , a une expérience en psychologie et Ayahuasca très efficace ! Elle va droit au but et profondément dans le soin. L’accent est vraiment mis sur le pourquoi des blocages et l’application de l’expérience dans le quotidien. C’est un point clef de cette cérémonie.

Les différentes personnes viennent pour différentes raisons comme guérir de traumatismes, se libérer de dépendances ou vivre une expérience mystique ou spirituelle – comme un voyage astral. Le travail ne se fait pas avec l’Ayahuasca mais avec la Conscience. L’Ayahuasca est l’outil par excellence qui est utilisée pour éveiller la conscience de l’être humain. L’Ayahuasca est un déclencheur biochimique dans le processus de « prise de conscience », mais ce n’est pas l’objet du travail proposé.

L’après midi après une bonne sieste réparatrice nous faisons des exercices et jeux « thérapeutiques » à plusieurs, c’est très agréable, une grande complicité se crée rapidement, nous avons la chance de partager de très bon moment avec un super groupe. La nuit tombe, nous allons recommencer. La présentation ayant été faite la veille c’est avec moins d’appréhension que nous commençons, en plus nous avons pu nous reposer, nous sommes fin prêt pour profiter au maximum de cette expérience.

Après que César nous ai lavée l’aura avec de bouquets de sauges et le souffle, après le rampé et l’ampi, la première prise a lieu et une demis heure plus tard de nouveau la géométrie, le soin émotionnel par dragon, fractales infini, buddha, anatomie, chakras, universalité, immensité, connaissance de soi, extase, hiérarchie céleste. Je finis cette fois en pleine forme, je trouve ça presque un peu soft comparé aux enseignements de la veille mais j’ai par contre bénéficié d’un soin extraordinaire. Mais la plante soigne et prépare à l’expérience. C’est donc avec une grande joie que je prends la seconde prise, elle commence doucement puis là l’expérience chamanique prend un tout autre sens. Rencontre avec l’Ayahuasca, courtoisie, yeux, félicité, créativité fractale sphérique , nature de l’Esprit, libre pur et créatif, dialogue maitre disciple, accord, 3° œil, projection futur, lien hiérarchique esprit-matière, extase et jouissance, dialogue avec les morts, passage et libération. Je remercie et dit au revoir à la plante. Je sent ma que glande pinéale est très sollicité. Nous clôturons la séance.

Le lendemain nous continuons nos échange sur la veille, je suis ravi de voir que ceux qui étaient un peu bloqué la veille se sont ouverts et ont eu droit à de belles expériences. Lorsque je raconte les miennes les autres sont un peu estomaqués, c’est ce qu’ils auraient voulu avoir, c’est peut être le fait que je avais limité les toxines dans mon corps en ne fumant pas, ne buvant pas d’alcool, un régime végétarien, le travail sur l’acceptation, différentes choses qui j’en suis sûr favorisent une bonne expérience. Lorsque les autres demandent pourquoi ils n’ont pas eu ça, Laura explique que nous avons tous notre temps et notre chemin. La cérémonie se termine, nous devons nous dire au revoir, nous avons été un super groupe et l’expérience a été extraordinaire, au-delà de nos espérances, quoi de mieux pour clôturer ce voyage, décidément, du début à la fin, la providence nous aura accompagné.

Nous chargeons les affaires, faisons monter les animaux qui se sont régalé pendant ces deux jours puis reprenons la route pour ces derniers kilomètres. C’est parti pour 8h de route, on roule bien, on se rapproche de la frontière puis c’est le moment, nous y voilà, le retour en France , plus de 12mois que nous étions partis, à la première aire d’autoroute c’est le choc, la langue française, le peuple français, les médias.. Nous y sommes, il va falloir être fort et se réadapter..

Nous arrivons juste avant la nuit, pile poil pour que les animaux voient où ils dorment.. Le lendemain j’apprendrai que Fernandel et Gladisse ont tous deux signé un contrat avec la ville en tant que débroussailleur dans le parc d’un ancien couvent. Aujourd’hui Gladisse a un chérie qui s’appel « Pantoufle » et dans quelques jours elle devrait agrandir la famille.

Les images que vous trouverez dans ce diaporama traduisent parfaitement les visions que l’on peut obtenir avec l’Ayahuasca. Cependant elles n’en traduisent qu’une infime partie, un peu de la même manière qu’une photo aérienne traduirai un saut en parachute.

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