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Etape 2: Lamarquette-Arblade le bas (soin du spectacle)

A force de repousser la date de départ nous avons opté pour un plan B: fabriquer un chariot en partant d’un diable pour que ce ne soit pas Fernandel qui porte et que l’on puisse quand même transporter ce qui représente maintenant notre maison et nos moyens de subsistance. Le 20 juin nous nous sommes rendus à la fête de l’équinoxe organisée par notre amie Milène, fondatrice de la guérisiologie, une technique de soin à laquelle Arthur a été en partie initié. C’était une journée très riche qui nous a fait beaucoup de bien avant de repartir revitalisés et rééquilibrés sur notre route.

C’est le 21 juin que nous sommes partis de Lamarquette un peu tristes de quitter Seb, Anna et Marcel qui sont devenus en 15 jours des amis. Le chariot bien accroché à la ceinture d’Arthur, les 3 premiers kilomètres se sont bien déroulés jusqu’au moment où PAF! une roue éclate… On continue à rouler (ou plutôt à trainer le chariot) jusqu’à un endroit à l’ombre où les animaux peuvent manger. Arthur part jusqu’à Gondrin, un village situé à 4 km de là. Quelques heures plus tard, il revient, tout rouge, avec un sac plastique à la main contenant des roulettes de tricycle en plastique et toute petites. Au village tous les magasins étaient fermés, il a dû partir en stop jusqu’à Condom pour ne trouver que ces petites roulettes en en prévoyant deux paires au cas où. Mais sur le trajet du retour personne ne l’a pris et il a dû marcher sous le soleil d’un premier jour d’été à 35°C à l’ombre pendant plus de 10km. Un monsieur s’est finalement arrêté, outré que personne ne l’ai pris avant lui. Le soir nous avons dormi à Tonneteau, un site magnifique situé à Gondrin et où nous avions fêté l’équinoxe d’été la veille. Le lendemain, repartis avec un chariot moins bien conçu et devant être trainé dans les graviers par Arthur qui se sentait déjà pas très bien au réveil nous avons avancé très peu et très lentement. A un moment Arthur s’est écroulé, ne pouvant vraiment plus avancer du tout: il avait de la fièvre et avait attrapé une insolation. Je suis donc partie avec Bayat à la recherche d’un endroit où nous pourrions nous poser quelques jours histoire de reprendre un peu de force après cette aventure! Nous avons trouvé un lac au bord duquel nous avons séjourné trois jours. C’était super, nous étions au calme, les animaux aussi. Nous avions de l’eau, des plantes, et un paysage magnifique. Parfait. Les trois jours ont permis à mes parents que nous avions appelé en renfort de nous envoyer deux nouvelles roues en poste restante à Eauze la petite ville que nous devions atteindre le soir du redémarrage.

Nous avons donc repris la route, Arthur tirant tant bien que mal ce sacré chariot et avons fait une halte déjeuner à Lamothe. Dans ce charmant petit village il y a une chapelle devant laquelle nous avons fait la connaissance de Jean-Michel, un enfant du pays qui connait beaucoup de monde et beaucoup d’histoires sur les environs. Il pratique l’aromathérapie et fait aussi des sorties botaniques. Il est lui aussi un défenseur du naturalisme et de l’agriculture biologique et connait de nombreuses personnes dans cet état d’esprit dans le Gers. N’étant pas nombreux, nous a-t-il expliqué, ils forment un noyau dur. C’est donc naturellement qu’il nous a accompagnés jusqu’à Eauze où il vit. Marchant à côté de son vélo et à notre rythme ralenti, il nous a parlé tout le long de la route de ses voyages, de ses rencontres aux abords du chemin de Saint-Jacques et de l’Histoire locale. Nous indiquant notamment un magasin bio dans lequel nous pourrions nous réapprovisionner à la sortie de la ville tenu par un de ses amis. C’est ainsi qu’à l’entrée d’Eauze il nous a quittés en nous donnant rendez-vous le lendemain matin devant la poste (fermée à notre arrivée).

Le lendemain, donc, nous avons laissé les animaux seuls après avoir rangé le paquetage le temps d’aller récupérer les nouvelles roues et de faire un tour au marché (il fallait en effet impérativement trouver un chapeau à Arthur!). Pas de Jean-Michel en vue mais les roues sont bien arrivées à la poste avec les rondelles et les goupilles (merci Doumet! merci maman!). Nous avons trouvé un chapeau, pris un petit déjeuner et sommes repartis avec de nouvelles roues et le sourire aux lèvres. En traversant la ville nous avons rencontré du monde, notamment un journaliste de Sud-Ouest désireux de nous avoir en photo pour peut-être écrire un article! A la sortie de la ville, nous avons vu de justesse (car il n’est pas trop visible) le fameux magasin bio dont nous avait parlé Jean-Michel. Je vais y faire le plein et là je découvre un lieu magnifique, avec du bois découpé à la main, un arbre en plein milieu servant de présentoir pour les légumes et une quantité de produits en vrac, incroyable! Le rêve! Là je vois un homme pied nu presque dansant au milieu des rayons, les cheveux longs, la dégaine d’un lutin. Je comprends que c’est le patron. Je dois aller retirer car il n’accepte pas la carte, je lui explique en deux minutes que je dois retourner à pied en ville car nous marchons avec des animaux, etc.  Il me propose de suite de venir dormir chez lui le soir, il y a de la place pour les animaux et pour mettre notre tente. Je décline son invitation car nous venons juste de quitter Eauze que nous avons juste traversé et ça m’embête de n’avoir fait que 2 km dans la journée. Quand je reviens Arthur est en pleine discussion avec lui sur la permaculture et les méthodes de culture naturelles et respectueuses de notre terre mère. Il réitère l’invitation pour le soir et nous invite à la fête de la Saint-Jean qu’il organise chez lui. On finit par accepter car on sent qu’on a des choses à partager avec lui. Avant de le suivre nous avons revu Jean-Michel qui avait fait le tour de la ville en vélo à notre recherche en demandant à tout le monde si quelqu’un nous avait vus! Il sera des nôtres pour la fête donnée le soir.

C’est une des rencontres qui nous a sans doute le plus marqués de cette étape car nous avons refait le monde en sa compagnie toute la journée! Il nous a dit de laisser les animaux en liberté chez lui, quitte à ce qu’ils se nourrissent de ses plantes. Il a laissé la chèvre entrer dans la maison, c’était super pour eux de pouvoir aller où bon leur semblait! Il souhaite mettre en place sur son terrain quelque chose d’autre que de la simple agriculture biologique. Il est le fils d’une des premières maraichères biologique venu s’installer dans le Gers. C’est lui qui habite aujourd’hui la maison de sa maman et a récupéré les terres. Il souhaite aller plus loin que la permaculture et laisser la nature reprendre ses droit tout en jouant un rôle lui aussi sur les terres: celui de planter et de semer mais sans clôture, sans désherbage. Faire en sorte de ne pas altérer la vie des êtres qui s’y trouvent ou qui ne font que passer. Leur donner justement la possibilité de passer par là, de se nourrir parfois de ce qu’il a semé ou planté. Pour cela il prévoit d’en semer ou d’en planter davantage en prévision de ses potentiels visiteurs ou « nuisibles »  (chevreuil, lapin, insectes, limaces, etc.) comme ils sont souvent nommés en agriculture en particulier. Nous avons aussi parlé de médecine alternative, de retour au local (c’est en effet un grand amateur des langues gasconnes et des danses traditionnelles), de la perte des « grands-mères » telles qu’on les pensait autrefois (la grand-mère comme symbole, celles qui rassuraient grâce à leur sagesse, celles qui éloignaient les petits enfants de la peur et les mettaient en confiance afin qu’ils puissent avancer et évoluer de la meilleur façon etc…), de la marche pied nu et du fait que les personnes pieds-nus n’avancent plus en conquérants mais font attention où ils mettent les pieds, observent davantage, sont plus attentifs…  et de tas d’autres sujets aussi passionnants.

Le soir venu on l’a aidé à préparer le repas de fête: beignets de feuilles consoude, de fleurs de fenouil, fleurs de ciboulette et courgettes. Les amis de Jean-Pierre avaient eux aussi amené différents plats aussi bon les uns que les autres.  Nous avons encore une fois rencontré des personnes très intéressantes. Nous avons sauté le feu de la Saint-Jean, avons assisté à un concert improvisé de biniou par un ami de Jean-Pierre éleveur de chèvre et les derniers à partir ont même eu droit à une danse réalisée par Jean-Pierre qui est aussi un grand danseur de danse contemporaine.

Nous sommes repartis le lendemain, remplis de joie d’avoir fait cette belle rencontre. Avant de partir il nous a invité à venir dans son autre magasin bio et à dormir sur le terrain attenant à Air-sur-Adour, étape qui devait arriver peu de temps après.

 

Nous avons traversés quelques villes, villages et quelques orages pour se rapprocher peu à peu d’Arblade-le-bas. C’est dans ce village que vit Fred, que nous avions rencontré quelque temps auparavant et qui avait récupéré nos chèvres (les parents de Gladisse) ainsi que quelques poules avant notre départ du Bimouas. Il nous avait à ce moment là invité à passer, le chemin n’étant guère loin de sa maison. Avant d’y arriver nous avons notamment passé Nogaro, ville avant laquelle une de nos roues nous avait une nouvelle fois lâché mais cette fois-ci en se dessoudant…  Arrivés à Nogaro grâce à notre roue de secours dégonflée, Arthur a fait le tour des magasin ouverts pour trouver quelqu’un qui voulait bien l’aider à ressouder cette roue. Elle était apparemment faite à partir d’un nouvel alliage impossible à souder selon la plupart des personnes qui ont été sollicitées. C’est au bout de la zone industrielle, après une marche assez longue, qu’un monsieur très sympa lui a accordé de son temps pour enfin réparer cette roue.

Repartis avec trois bonnes roues (plus ou moins bonnes, en tout cas qui roulaient) nous avons fait quelques kilomètres avant d’arriver aux abords de notre destination. Nous avons plusieurs fois échappés à des orages et nos roues ont tenues malgré le fait qu’une ait une nouvelle fois éclatée et qu’une autre se soit une nouvelle fois déchirée! On ne sait pas comment (merci à notre bonne étoile!) mais c’est la chambre à air dénudée qui a porté le chariot jusqu’à bon port et nous sommes arrivés tard (vers 22h), fatigués, mais contents d’être arrivés!

Fred et sa chérie Marie-Agnès avaient un repas le soir et nous nous sommes fait accueillir par la dernière de la famille, Laya, 12 ans. Elle nous a très bien reçu et nous avons pu manger au chaud, prendre une douche et nous avons même dormi dans une caravane que nous avait préparé Fred avant de partir!! Super réconfort surtout que nous avions du mal à mettre un pied devant l’autre à cause de la fatigue (mais c’est le jeu hein?!)

Le lendemain nous avons un peu discuté avec Fred, revus nos petites chèvres (la maman de Gladisse était pleine et sur le point de mettre bas) et nos poules et coqs (qui sont désormais les leurs). Ils sont les fondateurs d’un festival de théâtre et de contes, un évènement unique en son genre dans le coin. Ce festival se tenait chez eux avant d’être sur un autre site à Riscle, la maison et le lieu sont magnifiques! Après le petit déjeuné nous sommes parti à Air-sur-Adour en vélos que nous avait prêté Fred. Nous sommes allé dans un magasin de bricolage, et nous avons pris la décision de modifier le chariot afin qu’il puisse accueillir des roues beaucoup plus grosses, et sensées aussi être beaucoup plus costauds! Nous les avons donc achetées et gonflées comme il était inscrit dessus (pression 4) ça nous paraissait énorme mais bon, soit, nous les avons gonflées un peu moins, à 3,3bar. Nous sommes rentrés chez Fred et avons modifié le diable (enfin Arthur a modifié le diable plutôt). Nous avions désormais un super diable tout terrain, enfin c’est ce qu’on croyait…

Le soir venu nous avons fait un grand repas avec une partie de la famille et avons bien discuté avec Fred et Marie-Agnés. Elle est instit et fait beaucoup de chose avec ses petits notamment de la danse, du théâtre, de l’expression, c’est super! Fred quant-à lui, avant d’avoir le statut d’artiste était chef de service en psychiatrie pour des adolescents suicidaires et a mis en place de très nombreuses choses.  Il nous a notamment  dit avoir travaillé beaucoup sur l’art mais sans faire de l’arthérapie qui consiste en général en la réalisation d’œuvres réalisées par les patients de natures diverses qui font l’objet d’une analyse thérapeutique. Ici, ce que proposait Fred au sein de son service c’est de laisser au jeune un espace d’expression qui ne sera ni jugé, ni analysé, donc de proposer un lieu qui est seulement ce qu’il est: un espace de créativité où tous peuvent s’exprimer. La création artistique devient ainsi une méthode de soin en elle-même et ce n’est plus un outil pour que le thérapeute puisse réaliser son soin. Sa méthode (qui ne peut bien sûr guère se résumer à ça) a très bien fonctionné et a même  été reprise dans d’autres structures. C’est ainsi que ne sachant pas qu’on était dans notre itinéraire d’un autre soin on s’y est finalement retrouvé plongé!

Le lendemain nous avons réussi à terminer le chariot et à repartir, tard certes, mais nous sommes repartis. Direction Malaussane où nous devons faire nouvelle fois du wooffing!

à suivre…

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